mardi 21 avril 2009

« Papa ? J'ai décidé d'avorter. »

Elle était assise sur le plancher de sa cuisine, formant une petite boule de son corps. Enfin, aussi petite boule son corps maigre pouvait-il faire. Le téléphone qu'elle tenait entre ses doigts fit silence, un mince grésillement confirmant que son père respirait au téléphone. Elle osa prendre une longue inspiration, une inspiration grosse comme le monde qui gonfla sa cage thoracique comme un ballon de plage, mais se bloqua au milieu de son souffle en entendant la voix du paternel. Sa voix ? Ses cris, ses hurlements, sa rage, ses pleurs, sa colère. Elle la sentait au-travers du combiné, elle pouvait la voir, la toucher, elle en était prisonnière. Ses yeux se fermèrent, comme pour encaisser le coup. Elle ne prenait pas le temps de comprendre ce qu'hurlait son père, elle n'avait d'oreille que pour le ton de sa voix, que pour les décibels. Soudainement, le téléphone lui sembla insupportable entre ses mains. Il brûlait ses doigts. Violemment, elle le lança contre le mur le plus proche d'elle, celui près de l'escalier qui descendait au sous-sol. Haletante, elle laissa redescendre ses mains sur le plancher froid. Le téléphone, si fragile car déjà cassé, avait volé en éclats de plastique rouge. Sur la céramique blanche de la cuisine, on aurait dit des pétales, des gouttes de sang, des larmes de soleil couchant.

Pourtant, les larmes coulaient seulement sur ses joues à elle.

1 commentaire:

  1. ...wow.

    Ce petit bout de texte, cette entrée dans l'indescriptible, c'est si bien écrit que c'est venu me chercher profondément.

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J'aime les gens polis qui font un effort pour bien écrire. Pour moi, c'est une attitude qui contient des traces de respect.