jeudi 16 avril 2009

« Jérémie, tu me désespères vraiment ! »

Le brun leva la tête de sur son pupitre, fixant d’un œil torve l’enseignant de Français qui l’observait, bras croisés. C’était le matin et il n’était pas réveillé. En fait, il n’était jamais réveillé. L’homme s’approcha de l’étudiant, attrapa le manuel et le lui flanqua sous le nez, l’ouvrant à la page où ils étaient rendus. Jérémie prit le livre, son crayon et attendit que l’enseignant parte. Pourtant, il resta là, à l’observer. Il sentait son regard brûler son visage. Finalement, il passa son chemin et revint au devant de la classe.

« Tu resteras à la fin du cours. »

Quelle joie. Un faible mouvement de la tête pour indiquer qu’il avait compris, ses yeux tombant sur les exercices en cours de correction.
Après quelques minutes, sa tête retomba sur le pupitre.


L’adolescent attendait devant le bureau de l’enseignant. Il attendait que ce dernier le réprimande sur sa conduite, comme tous les autres faisaient. Était-ce de sa faute, si l’école ne l’intéressait pas ? Si les cours étaient tous plus ennuyants les uns que les autres ? Sa seule passion, c’était la lecture et cela, on ne l’obligeait que rarement. Les seuls moments où il aimait bien l’école, c’était lors des compositions écrites et ça non plus, on ne l’obligeait pas assez souvent. Finalement, l’enseignant releva la tête, plantant ses yeux vifs dans ceux de Jérémie.

- Je suis conscient que l’école ne t’intéresse pas. Seulement, il faut que tu réalises que ton avenir est plus que jamais en train de se jouer et qu’il faudrait que tu –
- Je le sais !, coupa l’étudiant avec véhémence. Vous ne cessez de le répéter ! “ Cette année, c’est l’année A ! ”
- Heureux de voir que même endormi, tu écoutes, commenta le maître de classe sur un ton narquois.
- C’est seulement qu’on dirait que tout est contre moi !

Le silence vint. Un ange passa. L’enseignant reprit la parole :

« Jérémie, tu n’es pas le seul. Tu n’es pas le premier. Je veux seulement que tu saches que si tu ne crois pas que c’est important maintenant, plus tard, tu te mordras les doigts. Tu regarderas ce que tu étais et tu te trouveras idiot. Tu trouveras que tu as passé beaucoup trop de temps à dormir et pas assez à apprendre. Tu trouveras aussi que tu es passé à côté de ce que tu aimes le plus, tout cela parce que tu n’aimais pas l’école. Parce que tu te voyais perdu dans la foule, alors que tu ne regardais simplement pas devant toi. »

Le brun ne trouva rien à répliquer.


Plus tard, quand l’enseignant le revit, ce fût pour sourire en repensant à leur discussion. Il prit place dans sa voiture et, en attachant sa ceinture, il observa le profil fier de son étudiant, ses mèches qui se rebellaient contre le vent, de cet étudiant qui pourrait être promis à un avenir brillant s’il se donnait la peine d’essayer. Son talent en écriture était impressionnant. Il lui rappelait cruellement sa propre adolescence.

Qu’aurait-il dit, s’il avait su que lui aussi avait jadis beaucoup trop dormi en classe ?

2 commentaires:

  1. Je crois que tu le sais, je te l'ai souvent écrit lorsque j'ai laissé des traces sur Fille Imparfaite. Je me sens très proche de ce que tu écris, particulièrement cette fois-ci. J'ai 24 ans, j'essaie de devenir enseignante de littérature au cégep (pas seulement de français... mais ça c'est un autre débat). Tu écris si bien - bien mieux que moi, en fait - que j'en ressens presque de la jalousie. Je crois que tu as le potentiel pour aller très loin dans le domaine de la littérature. Je crois qu'on pourrait entendre pas mal parler de toi, et beaucoup plus rapidement que tu le crois, si tu le voulais. Je crois que j'aurais aimé croiser ton chemin, t'avoir comme élève ou comme amie. J'ai sérieusement envisagé d'envoyer mon cv jusqu'à Gaspé (pas à cause de toi, t'inquiètes: je suis pas une cinglée!), mais une vie partagée avec un amoureux à Montréal a fait en sorte que j'y renonce pour l'instant. Un jour, par contre, je vais le faire.

    Je t'écris un message peut-être un peu trop long, ou bien juste un peu trop intense. En fait, j'espère juste que tu veux écrire, dans la vie. Profites de ce talent, explores-le.

    Et passe une belle journée! ;)

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  2. Hé bien, merci ! Dire que ce texte, écrit pendant mon secondaire 5, m'avait longtemps repoussé... il fallait bien que je le ressorte du fond de mon ordinateur pour que quelqu'un em complimente :)
    Je suis vraiment contente de savoir que tu désires devenir enseignante en littérature en cégep, vu que c'est aussi un de mes rêves {enseigner le français, quel bonheur !}. Et aussi que tu pensais même aller à Gaspé ! Si un jour tu décides de franchir le pas, je ne crois pas que tu regretterais. Il faut juste que tu sois prête.

    Encore merci.
    Ça me met un sourire :)

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J'aime les gens polis qui font un effort pour bien écrire. Pour moi, c'est une attitude qui contient des traces de respect.