mardi 21 avril 2009

« Papa ? J'ai décidé d'avorter. »

Elle était assise sur le plancher de sa cuisine, formant une petite boule de son corps. Enfin, aussi petite boule son corps maigre pouvait-il faire. Le téléphone qu'elle tenait entre ses doigts fit silence, un mince grésillement confirmant que son père respirait au téléphone. Elle osa prendre une longue inspiration, une inspiration grosse comme le monde qui gonfla sa cage thoracique comme un ballon de plage, mais se bloqua au milieu de son souffle en entendant la voix du paternel. Sa voix ? Ses cris, ses hurlements, sa rage, ses pleurs, sa colère. Elle la sentait au-travers du combiné, elle pouvait la voir, la toucher, elle en était prisonnière. Ses yeux se fermèrent, comme pour encaisser le coup. Elle ne prenait pas le temps de comprendre ce qu'hurlait son père, elle n'avait d'oreille que pour le ton de sa voix, que pour les décibels. Soudainement, le téléphone lui sembla insupportable entre ses mains. Il brûlait ses doigts. Violemment, elle le lança contre le mur le plus proche d'elle, celui près de l'escalier qui descendait au sous-sol. Haletante, elle laissa redescendre ses mains sur le plancher froid. Le téléphone, si fragile car déjà cassé, avait volé en éclats de plastique rouge. Sur la céramique blanche de la cuisine, on aurait dit des pétales, des gouttes de sang, des larmes de soleil couchant.

Pourtant, les larmes coulaient seulement sur ses joues à elle.

dimanche 19 avril 2009

(On s'en) Tu t'en fous.
Laisse-(moi)toi faire.
Ferme ta (putain de) gueule.
J'ai mal à (moi) toi.

vendredi 17 avril 2009

Pourquoi sommes-nous irrémédiablement
attiré par quelqu'un dont tout l'être nous hurle
« Si tu m'touches, j'te bouffe » ?

jeudi 16 avril 2009

Et elles sourirent, elles sourissent, elles souricièrent, emprisonnées dans leurs sourires.
« Jérémie, tu me désespères vraiment ! »

Le brun leva la tête de sur son pupitre, fixant d’un œil torve l’enseignant de Français qui l’observait, bras croisés. C’était le matin et il n’était pas réveillé. En fait, il n’était jamais réveillé. L’homme s’approcha de l’étudiant, attrapa le manuel et le lui flanqua sous le nez, l’ouvrant à la page où ils étaient rendus. Jérémie prit le livre, son crayon et attendit que l’enseignant parte. Pourtant, il resta là, à l’observer. Il sentait son regard brûler son visage. Finalement, il passa son chemin et revint au devant de la classe.

« Tu resteras à la fin du cours. »

Quelle joie. Un faible mouvement de la tête pour indiquer qu’il avait compris, ses yeux tombant sur les exercices en cours de correction.
Après quelques minutes, sa tête retomba sur le pupitre.


L’adolescent attendait devant le bureau de l’enseignant. Il attendait que ce dernier le réprimande sur sa conduite, comme tous les autres faisaient. Était-ce de sa faute, si l’école ne l’intéressait pas ? Si les cours étaient tous plus ennuyants les uns que les autres ? Sa seule passion, c’était la lecture et cela, on ne l’obligeait que rarement. Les seuls moments où il aimait bien l’école, c’était lors des compositions écrites et ça non plus, on ne l’obligeait pas assez souvent. Finalement, l’enseignant releva la tête, plantant ses yeux vifs dans ceux de Jérémie.

- Je suis conscient que l’école ne t’intéresse pas. Seulement, il faut que tu réalises que ton avenir est plus que jamais en train de se jouer et qu’il faudrait que tu –
- Je le sais !, coupa l’étudiant avec véhémence. Vous ne cessez de le répéter ! “ Cette année, c’est l’année A ! ”
- Heureux de voir que même endormi, tu écoutes, commenta le maître de classe sur un ton narquois.
- C’est seulement qu’on dirait que tout est contre moi !

Le silence vint. Un ange passa. L’enseignant reprit la parole :

« Jérémie, tu n’es pas le seul. Tu n’es pas le premier. Je veux seulement que tu saches que si tu ne crois pas que c’est important maintenant, plus tard, tu te mordras les doigts. Tu regarderas ce que tu étais et tu te trouveras idiot. Tu trouveras que tu as passé beaucoup trop de temps à dormir et pas assez à apprendre. Tu trouveras aussi que tu es passé à côté de ce que tu aimes le plus, tout cela parce que tu n’aimais pas l’école. Parce que tu te voyais perdu dans la foule, alors que tu ne regardais simplement pas devant toi. »

Le brun ne trouva rien à répliquer.


Plus tard, quand l’enseignant le revit, ce fût pour sourire en repensant à leur discussion. Il prit place dans sa voiture et, en attachant sa ceinture, il observa le profil fier de son étudiant, ses mèches qui se rebellaient contre le vent, de cet étudiant qui pourrait être promis à un avenir brillant s’il se donnait la peine d’essayer. Son talent en écriture était impressionnant. Il lui rappelait cruellement sa propre adolescence.

Qu’aurait-il dit, s’il avait su que lui aussi avait jadis beaucoup trop dormi en classe ?
En fait, surtout des traces de moi.